Le refroidissement liquide va-t-il devenir obligatoire dans les futurs datacenters ?
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Le refroidissement liquide s'impose. Il n'est pas encore obligatoire partout, mais il devient déjà une réponse sérieuse aux serveurs IA très denses, alors que les centres de données ont représenté environ 1,5 % de l'électricité mondiale en 2024, avec 415 TWh, une croissance moyenne d'environ 12 % par an depuis 2017, et une part du refroidissement qui varie d'environ 7 % dans les hyperscalers efficaces à plus de 30 % dans les sites d'entreprise moins efficients. (iea.org)
La vraie question n'est donc pas de savoir si le liquide remplacera l'air partout. Il s'agit plutôt de comprendre dans quels cas il devient techniquement nécessaire, économiquement pertinent ou réglementairement favorisé. C'est là que la nuance compte.
Pourquoi la question revient maintenant
La montée des GPU, la densification des baies et la recherche de continuité d'activité changent la façon de penser le refroidissement. On ne parle plus seulement de confort thermique, mais de capacité d'évacuation, de résilience et de marge d'évolution.
Pour les environnements les plus denses, le sujet rejoint celui de la conception globale des salles IT. Si vous voulez creuser cet angle, notre article sur la fiabilité et la densité GPU éclaire bien la logique de densification.
Le refroidissement liquide va-t-il devenir obligatoire ?
Dans l'Union européenne, la tendance réglementaire pousse d'abord à mesurer et comparer. La Commission indique que les opérateurs doivent reporter la performance énergétique, que les données alimentent une base européenne, qu'une grille de notation commune est en préparation et qu'un paquet dédié à l'efficacité des data centers doit être adopté au deuxième trimestre 2026, avec des travaux sur des normes minimales de performance. Les textes publics mettent aussi en avant l'eau, l'énergie et la récupération de chaleur, plutôt qu'une obligation générale de refroidissement liquide. (energy.ec.europa.eu)
Autrement dit, la logique actuelle ressemble davantage à une obligation de résultat qu'à une obligation de technologie.
Quand choisir l’air, le liquide ou un mix ?
Voici une lecture simple des cas d'usage. La bonne réponse n'est pas toujours un choix radical, mais souvent une architecture progressive et hybride.
Situation | Refroidissement à privilégier | Lecture opérationnelle |
|---|---|---|
Salle IT classique à densité modérée | Air, free cooling et optimisation du confinement | On garde une architecture simple, lisible et évolutive. |
Zone IA ou HPC à très forte densité | Hybride, puis refroidissement liquide ciblé | Le liquide devient un levier de capacité thermique et de stabilité. |
Rénovation d'un datacenter existant | Approche progressive et zonée | On limite les travaux lourds et on protège la continuité d'activité. |
Projet neuf avec densification future | Prédisposition au liquide dès la conception | On évite de figer le site dans un seul scénario d'exploitation. |
Cette grille n'est pas une recette universelle. Elle sert surtout à rappeler qu'un site neuf, une extension et un retrofit ne se raisonnent pas de la même manière.
Ce que disent les opérateurs et les freins réels
Le marché, lui, reste encore prudent. Dans le Uptime Institute 2024 Cooling Systems Survey, 22 % des répondants disent utiliser déjà du direct liquid cooling, 61 % ne pas l'envisager et 17 % pouvoir l'envisager. Les motivations les plus citées sont la gestion de racks plus denses et de serveurs plus puissants, tandis que les freins majeurs sont le coût, les doutes sur la fiabilité, la maintenance et les risques de fuite de liquide. (datacenter.uptimeinstitute.com)
Ce profil est important : le refroidissement liquide progresse, mais il ne remplace pas à court terme tous les systèmes à air. Il s'installe d'abord là où la chaleur devient un goulot d'étranglement.
Chez Score Group, notre division Noor ITS traite précisément ce type de sujet quand il faut aligner performance thermique, réseau, disponibilité et exploitation. Découvrez nos solutions DataCenters de Score Group pour voir comment une architecture peut être pensée autour de ces contraintes.
Quand le liquide devient stratégique dans l’existant
Dans les sites déjà en service, la densification impose souvent des travaux plus lourds qu'une simple optimisation de flux d'air. Uptime Institute note que 29 % des opérateurs modernisent leur data hall pour faire face à des armoires très denses, ce qui montre que la question est aussi celle du bâti, de l'infrastructure électrique et de la capacité à évoluer sans interruption majeure. (datacenter.uptimeinstitute.com)
Quand la densité reste modérée, d'autres leviers gardent toute leur pertinence. Nos contenus sur le free cooling en datacenter et le refroidissement adiabatique montrent comment combiner sobriété énergétique et simplicité d'exploitation. Pour les fermes les plus exigeantes, notre article sur les clés des fermes GPU complète la réflexion.
Le modèle hybride reste la bonne lecture
ASHRAE rappelle que beaucoup de solutions de refroidissement liquide ne sont pas entièrement liquides : la salle doit souvent rester hybride, entre air et liquide. Le même document précise que le direct component liquid cooling vise surtout les plateformes HPC ou supercomputing et qu'il a des applications limitées dans les installations commerciales classiques. Dans le même esprit, son white paper sur l'expansion du refroidissement liquide recommande qu'un futur datacenter soit conçu avec la possibilité d'ajouter du liquide dès le départ. (handbook.ashrae.org)
C'est une idée clé pour les projets 2026 : le bon réflexe n'est pas de tout liquider, mais de concevoir une architecture capable d'évoluer.
Comment arbitrer un projet de datacenter en 2026
Pour trancher correctement, mieux vaut partir des contraintes du projet plutôt que d'une solution à la mode.
Mesurez la densité actuelle et la densité cible, car un datacenter ne se conçoit pas de la même manière à 8 kW par baie ou à 40 kW et plus.
Distinguez les zones IA, HPC et stockage des zones généralistes, afin de ne pas surdimensionner tout le site pour un seul usage.
Anticipez la maintenance, l'accès aux équipements et le contrôle des fuites, car l'exploitation compte autant que la performance thermique.
Évaluez l'eau disponible, la valorisation de la chaleur fatale et la compatibilité avec les objectifs énergétiques du site.
Prévoyez une trajectoire d'évolution, pour éviter qu'une salle conçue aujourd'hui devienne un verrou technique demain.
Chez Score Group, cette lecture croisée correspond à notre architecture tripartite : Noor Energy pour la performance énergétique, Noor ITS pour l'infrastructure numérique et les datacenters, Noor Technology pour l'innovation applicative et l'automatisation, et Noor Industry pour les environnements industriels.
FAQ : le refroidissement liquide dans les datacenters
Le refroidissement liquide va-t-il devenir obligatoire dans les datacenters à l’avenir ?
Pas de façon universelle. La tendance la plus probable est une montée en puissance dans les zones à forte densité, surtout pour l'IA et le HPC, avec des architectures hybrides air + liquide dans beaucoup de projets. Autrement dit, le liquide devient de plus en plus important, mais il n'effacera pas tous les systèmes à air. Le bon critère n'est pas la mode du moment, mais la capacité thermique nécessaire, la continuité d'activité et la facilité d'exploitation.
Quels datacenters utilisent déjà le refroidissement liquide et pourquoi choisissent-ils cette solution ?
Ce sont surtout les environnements à forte densité, comme les salles IA, HPC, supercomputing ou certains clusters GPU. Ils le choisissent pour évacuer davantage de chaleur dans un espace plus réduit, stabiliser les températures et préserver la marge d'évolution des racks. Dans bien des cas, l'objectif n'est pas de remplacer tout l'air, mais d'ajouter une brique capable de prendre en charge les zones les plus exigeantes.
Le refroidissement liquide est-il plus rentable que le refroidissement par air dans les centres de données IA ?
Il peut l'être quand la densité rend l'air coûteux, complexe ou insuffisant. Mais la rentabilité dépend du neuf ou du retrofit, du coût d'intégration, de la maintenance, des composants disponibles et du niveau de criticité. Pour un projet IA, le meilleur choix est souvent celui qui réduit le risque opérationnel tout en évitant de surdimensionner inutilement l'infrastructure.
Quels sont les principaux défis et risques du refroidissement liquide dans les datacenters ?
Les défis les plus courants sont les fuites, la maintenance, la standardisation des composants, la formation des équipes et l'intégration dans des sites existants. Il faut aussi gérer la condensation, l'accès aux équipements et les opérations de maintenance sans interruption. En clair, le liquide apporte de la capacité thermique, mais il exige une ingénierie d'exploitation plus rigoureuse qu'un simple système à air.
Le cadre législatif européen ou national pousse-t-il les datacenters à adopter le refroidissement liquide ?
Il pousse surtout à mesurer, déclarer et améliorer la performance énergétique et environnementale. Le mouvement réglementaire favorise les architectures sobres, la transparence et la récupération de chaleur, mais il n'impose pas aujourd'hui une technologie unique à tous les projets. Dans la pratique, cela peut accélérer l'adoption du liquide dans certains cas, sans transformer cette solution en obligation universelle.
Et maintenant ?
Si votre prochain projet concerne une rénovation thermique, une salle IA ou une montée en densité, le bon réflexe est de penser architecture globale avant de penser technologie isolée. Les solutions DataCenters de Score Group peuvent servir de point de départ, puis Score Group vous permet de relier énergie, digital et innovation autour d'une même logique de performance.



